Chronique Réflexions

L'aigle de poulailler

Un homme trouva un jour un oeuf d'aigle égaré dans la forêt et le ramena chez lui pour le placer dans son poulailler. L'aiglon vint au monde quelque temps après parmi une couvée de poussins et il commença sa vie et sa croissance dans cet environnement avec ceux-ci.

Comme il était prévisible, entouré par cette petite volaille jaune plein de futurs poulets en devenir, l'aigle moula son développement à ses "frères et soeurs", imitant leurs comportements comme l'aurait fait n'importe qui laissé ainsi dans l'ignorance la plus totale quant à son origine et sa propre nature.

Chaque jour, il picorait sa nourriture comme ses compagnons, grattait la terre comme eux afin d'y trouver des vers et des insectes. Il se mit même à glousser et caqueter du mieux qu'il le pouvait malgré les rires de son entourage vis-à-vis ses insuccès. Et toujours pour se faire accepter, il battait des ailes, ne s'élevant qu'à quelques centimètres du sol, ne réalisant pas qu'il aurait pu aller bien plus haut et qu'il était plus fort que tous ses amis.

Un jour, pendant qu'il était à parfaire son comportement de poulet, tentant de faire comme eux, il regarda vers le ciel bleu et y aperçut un étrange oiseau qui planait très haut au-dessus de la ferme. Il était magnifique, puissant, très beau et très grand. Avec grâce, il se laissait porter par les courants, agitant à peine ses puissantes ailes dorées.

À la vu de ce majestueux animal, le jeune aigle de la basse-cour sentit ses ailes frémir d'envie et d'énergie d'une façon incompréhensible et il dit à l’un de ses frères poulets: «Comme j’aimerais en faire autant! Quel est cet oiseau?» demanda-t-il. «Ne sois pas idiot, répondit le poulet, c'est l'aigle, le roi des oiseaux. Il appartient au ciel comme nous appartenons à la terre puisque nous sommes poulets. Seul un aigle peut voler aussi haut!»

Honteux de son désir soudain d'être plus qu'un poulet et contraint par son désir de se faire aimer et accepter, le petit aigle retourna gratter la poussière et picorer son grain, le bec au sol. Il ne remit plus jamais en cause la place qu’il croyait avoir sur terre. Et c'est ainsi que l'aigle, dans la certitude qu'il avait d'appartenir à la basse-cour, vécut et mourut en poulet, sans jamais connaître l'ampleur de ses possibilités.

«L'aigle, même s'il attrape des poules, reste toujours un aigle.»
- Valeriu Butulescu

* Texte inspiré de différentes sources.

Olivier Turcotte
Thérapeute
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olivierturcotte.com


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